Démarche artistique ׀ Calendrier et Production

 

d’Aurélien Rousseau. Mise en scène de Ximun Fuchs.

La naissance est un cri. Le cri d’une mère qui expulse ce corps intime et déjà étranger. Le cri d’un enfant émergé qui affronte un monde lumineux et violent, difficile à respirer, à manger.

Ainsi la peur de vivre et de mourir engendre-t-elle les théâtres. Les théâtres politiques, faits d’opinions et de chiffons dérisoires, « contre toute violence », tout en bâtissant des murs, des prisons. Les théâtres des villes et des champs, à grands coups de stades, ou d’abonnements, selon la chapelle. Enfin les théâtres des bouffons, éclabousseurs du rire de tout et de soi-même, histoire d’exorciser le mal, de mettre les pieds dans le plat.

Une cocotte sans soupape explose. Plus qu’une minute. Un prisonnier de droit commun, un employé sans histoire, une femme sans espoir se flingue, se fume, au bout d’un drap, un automatique. Un flag énigmatique et presque banal. Se faire violence pour obéir ou désobéir reste bien sûr le quotidien des moins que rien qui cherchent un compromis à vivre avec un peu de dignité. Un vrai bouquet de violence ordinaire. Un collectage de faits divers, de témoignages en quête de légèreté, une enquête dans les bas fonds, juste en dessous du prêt à penser.

Un polar qui pose la violence comme suspect N°1, sa relativité comme sujet. À nous la tragédie, à nous les clowns !

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Crédit photos : Djeyo/Le clou dans la planche, Pascal Fellonneau & Guillaume Méziat

Un polar à faire vomir, des histoires horribles, pleines de peurs, de trains, de couloirs en souricières, dans les rayons de bas étage. On pourrait se dire qu’à force d’horreurs quotidiennes surmédiatisées, la guerre économique et ses « dommages collatéraux » découragent la fiction, surtout policière. Qu’importe. Le polar est un témoin de notre temps. Aussi éphémère que le théâtre. C’est un genre qui s’insinue dans la fascination du morbide pour raconter ce qu’on n’a pas forcément envie d’entendre. Du grand guignol qui aurait les pieds sur terre, et les mains dans le cambouis. Avec pour seule prétention, l’efficacité, l’impertinence, et la facilité d’accès.

Si les clowns font partie de cette aventure, c’est d’abord parce qu’ils incarnent parfaitement la relativité de la violence. Quoi de plus poilant qu’un clown qui se prend une tarte en pleine poire ? Quoi de plus cruel aussi ? Le diable n’est pas celui que l’on croit. Et si on ne peut plus rire des choses sérieuses, de quoi va-t-on rire ? « Je suis un prophète Madame, je dis la vérité par le plus court chemin » dit le clown de Shakespeare (tout est bien qui finit bien), « Il sera toujours moins ridicule de mettre un nez rouge que de s’habiller comme le Pape ou comme un juge » répond Jean Yanne. Et quand les clowns ont fait beaucoup rire, ils jouent du violon, comme un écho de la tragédie passée et à venir.

La tragédie grecque sera notre terrain de chasse humaine. Parce qu’elle est une grande histoire de famille, lieu de prédilection de la violence s’il en est. Certes, à l’époque on ne congelait pas les bébés, mais déjà on les faisait manger par leur père ou leur mère pour une banale histoire de vengeance. Comme si déjà, l’avenir n’était que destin. Déterminisme diraient certains, NO FUTURE ! diraient les autres. Un mélange de nécessité et de hasard dont les héros assument les contraintes. Mais c’est surtout le chœur qui va transpirer de cette tragédie. Il sera le fil de cette histoire sans fin, incarné par ces « punks à chiens », les « wawach », les « jeunes en déserrance ». La vox populi revisitée par ceux qui ont franchi le mur, sans savoir s’ils pourront un jour rebrousser chemin. Une vraie mascarade.

Voici l’aveu d’un crime à venir, un spectacle en gestation. Si vous trouvez quelques transgressions des valeurs dites universelles, et si de surcroît vous y prenez plaisir, sachez Madame, Monsieur, que nous plaidons coupables. Nous aurons probablement craqué, à force d’évènements, contre les pratiques scandaleuses dont se délecte la vénérable maison du Petit Théâtre de Pain…