LE REGARD DE L’HOMME SOMBRE

d’Ignacio del Moral.
Mise en scène de Fafiole Palassio.

À propos de la pièce

Sur fond d’immigration clandestine, « Le Regard de l’homme sombre » est une captation de l’effarante bêtise humaine. Jetés par-dessus bord pendant leur traversée, deux hommes noirs échouent sur une plage d’Espagne. Un seul a survécu. Un peu plus loin, derrière la dune, papa, maman, fiston, la puce, s’adonnent au sérieux de la pêche à la coque.

Photos : Djeyo

Hélas, la caractéristique des cons, consiste en un besoin irrésistible de s’habiller comme tout le monde ! Monsieur, Madame et leurs enfants n’échappent pas à la règle…
Lorsque surgit « l’autre sauvage des caraïbes », on cède à la panique contre toute forme de raisonnement, on juge le « primitif » sans observer ni la trivialité de son propre langage ni ses comportements primaires, on frise le délire paranoïaque et l’hystérie… Non, Monsieur-et-madame-tout-le monde n’ont pas plus d’à-propos que des lapins détalant en pleins phares.
Alors que les fantômes de l’impossible exil palabrent doucement à l’oreille de l’échoué, des fantasmes et clichés pourvus de grandes dents se dressent comme des ombres.
On ne peut pas ôter à la bêtise ce don génial qu’elle a de nous navrer autant que nous faire rire et « Il faut rire de tout, disait Desproges, c’est extrêmement important, car c’est la seule humaine façon de friser la lucidité sans tomber dedans. »

L’écriture et le jeu

La pièce est courte, nerveuse, et invite l’acteur à l’urgence. Il en va autant de l’énergie dans le flux-tendu des dialogues que dans leur incarnation. Simple, vif, le texte est dénué de psychologie pour la simple et bonne raison que le ressort-même de la panique n’a rien de psychologique.
La panique produit formidablement à elle seule chaos et incohérence, dépasse et explose la caricature, transcende la bêtise et ouvre un terrain de jeu « affolant ».
On pourrait parler d’interprétation volcanique puisqu’il faudra bien plonger dans le bouillon, le vrai – et s’y piquer – pour que jaillisse le grand n’importe quoi. C’est une énergie de sales gosses que requiert cette pièce. Impertinente, impétueuse, jubilatoire pour les acteurs.
De la même manière que la simplicité est l’une des choses les plus complexes à appréhender, se risquer à la connerie est tout un art à explorer…
En contrepoint, resituant le contexte, le parcours du migrant est linéaire, posé, constant, interrogateur, bonhomme. Celui du cadavre quasi immobile, proche de la posture de l’oracle ou du griot.
On ne cherchera pas à imiter des « noirs » pas plus que des « enfants » car ce serait peut-être une réduction inconvenante. On conviendra plutôt de jouer, selon les règles de l’enfance, à : « on dirait qu’on serait des… »
Selon le principe du « on dirait qu’on serait des… », se décline toute la mise en scène.

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