LE SAS

de Michel Azama

L’auteur et le contexte d’écriture

Le SAS est un récit pluriel cantiné par Michel AZAMA dans les années 80 contre quelques heures d’humanité auprès de 12 détenues de la prison de Rennes, lors d’un atelier d’écriture.
12 voix condensées en une seule : celle du personnage de « la partante ».

L’histoire

Deux coups de carabine.
16 ans de réclusion.
Dernière nuit de prison, passée entre le bilan d’une vie perdue et l’angoisse d’un retour à la liberté.
1000 morceaux d’une vie brisée qu’on recolle peu à peu avec le personnage, dans une cellule d’entre deux mondes.

Note d’intention et mise en scène

De manière quasi documentaire Michel Azama, à travers le SAS réinterroge la question de l’enfermement, témoignant plus précisément de la féminité enfermée.
20 ans se sont écoulés depuis la parution de ce texte.
Pourtant, en octobre 2009, l’O.I.P (Observatoire International des prisons), à l’occasion de la dernière proposition de loi pénitentiaire du gouvernement français, rendait compte de conditions de détention toujours plus alarmantes, réaffirmant la prison comme une zone de « sous droits » pour ne pas dire de « non droits ».

« (…) Dans un homme déchu même quand on ne respecte plus l’homme, on doit encore respecter l’humanité. » Victor Hugo

photos : Ludovic Zeller

Le personnage central de la partante, passeuse de tous les mots/maux, en son nom et au nom d’une dizaine d’autres, est donc une femme, une épouse et une mère, lucide. « Monstrueuse » aux yeux de la loi qui l’enferme ; on ne peut plus « familière », dedans.

Le SAS c’est ne pas taire le passage à l’acte, ni la sauvagerie de celui-ci, ni la dérangeante « normalité » de celle qui l’a commis – Que connaissons-nous de nous-même après tout?-
C’est aussi parler de la dignité humaine au cœur d’un système prolongateur de misère sociale et générateur de violence. C’est avant tout interroger le sens des mots  « réinsertion », et  « liberté » au bout de 16 ans de réclusion :
QUE et QUI reste-t’il derrière la peur de cette dernière nuit, après la porte de sortie ? De quel côté du mur la « vraie » vie ?

« On est si dure à force… on a les murs dedans et la peau juste dessus alors forcément ça transpire… »

La mise en scène tient sur le parti pris de laisser la part belle au texte et aux silences comme une restitution de témoignage, en essayant que très vite, malgré la narration et le surgissement de plusieurs personnages, le spectateur ne soit plus au « spectacle ».
La cellule est le théâtre de tous les souvenirs, de tous les fantasmes mais aussi de toutes les interpellations à brûle-pourpoint, aussi semblait-il important de rester sur une tonalité la plus brute et la plus parlée possible. L’envie était de faire l’expérience du rapport à l’immédiateté. Sans fard. De tendre vers une relation presque palpable pour ne pas dire charnelle, avec le public. D’amenuiser la convention théâtrale qui veut que chacun reste à sa place. De le tenter du moins. Le jeu travaille aussi dans le sens de cette mise à nu : à la fois dans la violence d’une fouille au corps, et la pudeur d’un dépouillement de soi pour raconter cette autre, les sentiments (…et la cellulite) à fleur de peau.

Sur scène la taule :

Un volume de  16m3 environ. Un néon au plafond. Un tabouret.
Une cellule tendue de tulle derrière lequel se raconte la partante.
Un mur fin mais marqué, entre auditeurs et détenue.
De temps en temps sur le tulle une projection de séquences. Un film de sa mémoire. Toujours le même. Une scène de plage d’un autre temps… avant que.
Des dessins d’enfants aussi, apparaissant, disparaissant, tels une correspondance fantomatique, un fil ténu entre elle et le souvenir de ses deux gamins. Bout de papier jauni au mur car ses gamins sont devenus des hommes.
Au cours de cette dernière nuit, condensée en 1h15 de théâtre, dans la boîte noire, lumière et projections suspendent, saccadent ou tuilent en fondus enchaînés les allers et retours incessants entre passé, présent et devenir.