LE PIC DU BOSSU

Le spectacle a fini sa course.

de Sławomir Mrożek

Venus se réfugier au fin fond de la campagne pour gouter au repos, Indi, éminent avocat démocrate-libéral, sa jeune femme peintre et daltonienne, M. le Baron et son épouse n’auront malgré des « conditions idéales », aucun répit. A commencer par l’hôte des lieux, qui, discret mais bossu, devient vite pour ses pensionnaires un spectacle défiant la logique, une entorse à la normalité.

Étude de mœurs et de caractères, le texte de Sławomir Mrożek va beaucoup plus loin qu’une simple histoire corsée de rebondissements. Il nous renvoie à nous-même, à notre tentation du conformisme, à nos lâchetés. Si la futilité des personnages prête à rire, la forme du huis clos dévoile les caractères dans leur profondeur.

Peu à peu, le rire se fait plus grinçant. Car il y est aussi question de guerre, de terrorisme et de comment L’Histoire, alors qu’elle semble ne pas nous concerner directement, nous rattrape, s’immisce jusque dans nos vies privées et influence inéluctablement nos choix. Si nous avons ri à la découverte du « Pic du Bossu », c’est que l’absurde réalité du monde de Mrożek, n’est jamais très éloignée de notre propre actualité.

ESPACE ET ESTHÉTIQUE

Inspirée des clichés du photographe Lartigue , l’esthétique (scénographie et costumes) s’appuie sur la période de la « Belle époque ». Lumière  éclatante et chaude. Ambiance bavarde et Jazz. Seuls quelques inserts visuels gris, ternes et muets renvoient à une autre réalité : celle de l’exode et de la misère. L’espace volontairement nu, ceinturé de gradins, sert d’écrin au huis clos. Un endroit retranché. Tour à tour refuge et arène. Rassurant et menaçant.

DISTRIBUTION

avec Mariya Aneva, Cathy Coffignal, Manex Fuchs, Ximun Fuchs, Frédéric Laroussarie, Fafiole Palassio, & Tof Sanchez.

Mise en scène : Mariya Aneva, Fafiole Palassio, Ximun Fuchs Conseiller artistique : Georges Bigot Conception et réalisation du décor : Henri Cavignac, Ponpon & Lontxo Yriarte. Création lumière : Daisy Watkiss Création costumes : Muriel Liévin Création musique : Ximun Fuchs Création bande son : Philippe Barandiaran Régie technique : Pantxo Claverie & Josep Duhau Administration : Aurélie Lambert Diffusion : Frédéric Sancère, Ximun Fuchs

[nggallery id=12] photos : Pierre Ruaud ©

Sławomir Mrożek

Auteur dramatique, représentant célèbre du théâtre contemporain polonais, Sławomir Mrożek est né en 1930 à Cracovie. Après des débuts de journaliste et d’humoriste Mrożek s’impose en prose en 1956 (« L’éléphant ») et au théâtre en 1957 (« Police »). Après avoir contesté l’intervention des troupes polonaises en Tchécoslovaquie en 1968, il est interdit en Pologne pendant plusieurs années. « Après des émigrations multiples : Italie, France, Mexique, il était temps pour moi de me ranger », reconnait ce mexicain de langue polonaise et de nationalité française. Sa dernière œuvre « Journal d’un retour au pays » raconte son retour en Pologne.

La Pologne d’hier et d’aujourd’hui selon Mrożek :

« Moi, le socialisme m’a beaucoup aidé. J’avais vingt ans, j’étais très croyant. J’étais « normal ». En Pologne, normal, cela voulait dire catholique, antisémite. Cela a commencé à me déplaire. Les communistes sont arrivés et m’ont proposé un monde nouveau. J’ai adhéré avec enthousiasme. J’ai été enthousiaste pendant trois ans. Normal, qu’est-ce que cela veut dire en Pologne ? Rien n’est normal depuis 1939. Depuis l’occupation allemande jusqu’à l’instauration du régime communiste par l’URSS avec l’accord des puissances occidentales ».

L’exil a contraint Mrożek à ne plus négliger le moi douteux, à prêter l’oreille à ses « névroses  slaves », à ses complexes « carpato-baltiques »; il se penche sur sa polonité, en rappelant qu’un Polonais restera toujours un « Européen minable et mineur , un handicapé de l’Histoire ».

Rit-on vraiment avec Mrożek ?

Reconnu comme le premier auteur dramatique polonais de l’après-guerre, Mrożek à l’image du destin de la Pologne, est un habitué de l’Histoire. Il est de ces cyniques qui tout de suite ont vu clair, c’est-à-dire noir. S’il ricane, s’il raille, c’est toujours pour nous acculer subversivement à regarder en face, sans échappatoire possible, ces pantins qui s’agitent sur terre, dérisoirement accrochés à leur certitude, empêtrés dans le grotesque de leurs situations : tout un monde dont ils sont autant les victimes que les complices. Quoi de drôle en vérité ? Mrożek est plutôt acerbe. Mais il a cette jeunesse diabolique du regard qui démonte les certitudes et les mensonges avec un rire qu’on redoute toujours à la pointe des répliques. Un ricanement sonore, plutôt, qui vous surprendrait comme une main dans un train fantôme. Gare à Mrożek ! Il voit tout